La fin annoncée de l’assurance-vie…. Vraiment ?

14 mars 2021
L’assurance-vie demeure le placement préféré des Français. Longtemps portée aux nues, elle est pourtant aujourd’hui de plus en décriée notamment depuis l’arrivée du tout nouveau Plan Epargne Retraite (PER). D’aucuns déconseillent même désormais le recours à l’assurance-vie. Qu’en est-il réellement ?

La solide réputation de l'assurance-vie

Il est juste de dire que le PER possède des caractéristiques intéressantes. Les nouvelles modalités de sortie anticipée sont notamment plus nombreuses que chez son prédécesseur, le PERP.

La vérité est que l’assurance-vie jouit encore d’une réputation solide, réputation qui n’est d’ailleurs pas usurpée. En effet, au début des années 2000 le rendement moyen des fonds euros s’élevait à 5 % alors que l’inflation n’était même pas de 2 %. La situation est sans commune mesure de nos jours, mais un taux servi de 1,5 % reste 3 fois supérieur à celui du livret A…

Il faut savoir par ailleurs que de nombreux pays nous envient encore aujourd’hui la spécificité du fonds euros qui offre un rendement supérieur à l’épargne monétaire tout en garantissant la préservation du capital.

A l’heure actuelle et quoiqu’on en dise, l’assurance-vie offre encore de nombreux atouts ; une fiscalité très intéressante en cas de décès, une disponibilité des capitaux placés, une formule de calcul qui permet de limiter le montant imposable en cas de rachat ou encore une non-imposition tant qu’il n’y a pas de rachats effectués sur le contrat. (Sauf prélèvements sociaux)

Même si les avantages sont nombreux, il m’arrive de constater que l’assurance-vie est parfois proposée comme étant la solution idéale, voire la seule issue valable. Toutefois, dans certains cas, elle perd de son intérêt si bien que d’autres solutions plus pertinentes pourraient être mises en œuvre. (Détention de SCPI en direct, PEA, Compte titres ordinaires, Contrat de capitalisation, montage intégrant une structure sociétaire, parts sociales de banques mutualistes etc.)

Des avantages fiscaux bientôt remis en cause ?

En effet, en l’absence de descendance et/ou en présence du seul conjoint d’autres solutions pourraient être envisagées. Depuis 2007 et la mise en œuvre de la loi TEPA, le conjoint et le partenaire de PACS sont exonérés de droits de succession. Dans ces conditions, il pourrait être pertinent de profiter d’autres types de supports moins chargés en frais, l’aspect optimisation du patrimoine perdant de son intérêt.

Pour autant, l’assurance-vie est souvent très pertinente surtout lorsqu’elle s’inscrit dans une stratégie patrimoniale globale.

Ses détracteurs invoqueront parfois le fait que les avantages fiscaux propres à ce contrat risquent d’être remis en cause à tout moment. Il est vrai que depuis sa création, l’état s’est souvent attaqué à ce placement y voyant notamment une manne d’argent considérable à taxer. Néanmoins, lorsque l’on sait qu’un fonds euros est composé majoritairement d’obligations d’Etat, y compris français, on comprend que l’Etat dispose d’une marge de manœuvre très étroite.

En effet, ce sont notamment les investisseurs institutionnels (aussi appelés les zinzins) dont les banques et les assureurs font partie qui acquièrent des obligations d’état. Ils les mettent ensuite à disposition de leurs propres clients au travers du fonds euros.

Si l’assurance-vie était trop fortement fiscalisée, le risque serait que les épargnants s’en détournent. Les assureurs et les banques auraient moins besoin d’obligations d’Etat et ce dernier rencontrerait plus de difficultés pour se financer. Bien sûr, la situation n’est pas aussi simple, mais ces principes sont réels.

Le PER pour la retraite, l'assurance-vie pour la transmission ?

Les avantages successoraux de l’assurance-vie risquent donc de perdurer encore longtemps. Et sur ce plan, certains estiment que les avantages du PER sont meilleurs. Je considère de mon côté que le PER est un excellent produit retraite, bien meilleur que son prédécesseur le PERP. Son intérêt réside essentiellement dans la possibilité qu’il offre de déduire les primes versées de ses revenus dans la limite d’un certain plafond. (A condition que la tranche marginale d’imposition de l’épargnant au moment du versement soit supérieure à celle en vigueur au moment de la sortie en capital ou en rente)

Le PER est un produit qui peut paraître simple au premier abord, mais il s’agit en réalité d’un produit très technique, particulièrement lorsqu’il est souscrit par un client professionnel. (Imputation des autres cotisations retraites, prise en charge contestable des cotisations par la société, choix entre la déduction du revenu global ou du revenu professionnel etc).

Si l’on revient à la transmission en cas de décès et en ce qui concerne le PER c’est la date de décès qui compte et non l’âge du souscripteur au moment du versement des primes, comme c’est le cas en assurance-vie. A défaut de disposer d’une boule de cristal, il me parait particulièrement risqué de fonder une stratégie de transmission sur un âge de décès théorique...

Mon grand-père me disait souvent que chaque outil doit être utilisé pour l’usage qui lui est destiné. Je vous mets au défi de couper une planche en bois avec un couteau alors que vous disposez d’une scie. Vous y parviendrez peut-être, mais le résultat ne sera certainement pas conforme à vos attentes. Mon grand-père aurait donc sûrement souscrit un PER pour préparer sa retraite et une assurance-vie pour transmettre son patrimoine. Il aurait cependant vu d’un bon œil les possibilités de transmission en capital ou en rente offertes par le PER. (La cerise sur le gâteau disait-il)

Considérer les frais du contrat

 

Evidemment, les capitaux placés en assurance-vie ne sont pas uniquement destinés à être transmis en cas de décès. Effectivement, l’épargnant dispose d’une liberté totale de retrait, charge à lui de régler la fiscalité éventuelle sur la part des intérêts qui compose le rachat. Cette souplesse n’est pas possible sur un PER puisque l’épargne est en principe bloquée jusqu’à l’âge de la retraite.

Puisque j’évoque les inconvénients du PER, il me semble important de parler également des contraintes de l’assurance-vie. Il est certain que l’assurance-vie figure parmi les contrats d’épargne les plus chargés en frais. Ce point est d’autant plus important que les capitaux seront souvent placés durant de très nombreuses années. A terme, le poids des frais peut donc représenter un certain handicap. Voilà pourquoi je pense que la souscription d’un contrat d’assurance-vie doit idéalement s’inscrire dans le cadre d’une stratégie patrimoniale globale et chiffrée. Bien souvent, les enjeux sont tels que l’assurance-vie s’impose. A contrario, il arrive parfois que les objectifs puissent être atteints avec d’autres supports plus pertinents, auxquels cas il ne faut pas s’en priver.

En conclusion, l’assurance-vie n’est donc pas finie, loin s’en faut. Le PER n’en est pas le successeur, mais plutôt le cousin. L’épargnant dispose assurément désormais d’un support de préparation de la retraite très intéressant. De plus, si l’on se réfère à la récente hausse des taux obligataires, on pourrait même peut-être penser que le rendement des fonds euros progressera dans quelques années. En conclusion, l’assurance-vie reste toujours très pertinente mais doit s’inscrire dans un raisonnement global, l’arrivée du nouveau PER ayant rebattu les cartes de la préparation de la retraite. Si vous vous posez encore des questions au sujet de ce contrat fantastique, vous trouverez peut être les réponses dans la FAQ dédiée.

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